Amateur de musique, musicien professionnel ou passionné d'électronique, vous avez sans doute rêvé de disposer du savoir-faire requis pour concevoir vos propres systèmes audio. Faites la connaissance d’un spécialiste de l'électroacoustique, Richard Honeycutt, établi en Caroline du Nord (États-Unis) qu’Elektor a rencontré pour vous.

Musicien, chercheur (docteur en électroacoustique) et consultant en acoustique, Honeycutt est une autorité incontournable pour quiconque souhaite en savoir plus sur les tubes, l'électroacoustique et la conception acoustique. Dans son nouveau livre, The State of Hollow State Audio in the Second Decade of the 21st Century (Elektor 2020), Honeycutt plonge dans le vaste et prolifique sujet de l'audio sous vide. Il aborde la délicate question de savoir si l’électronique sous vide produit un meilleur son. Il aborde le sujet de la conception des circuits à tubes et les modifications intelligentes qui peuvent être apportées aux amplificateurs existants. Il a partagé ses réflexions avec l'équipe d'Elektor sur son intérêt pour l'audio à tubes, son parcours et l'avenir des tubes à vide. (La version intégrale originale est disponible ici.)
 
 
Richard Honeycutt (PhD)
Elektor : Elektor a récemment publié votre iivre. Clarifions pour les non-initiés. Que signifie Hollow State (en français, littéralement : "l'état creux") ?

Honeycutt : Depuis la valve de Fleming, qui a marqué le début de l'ère électronique, jusqu'à l'invention du transistor, les tubes à vide ou valves étaient les seuls composants électroniques actifs. Peu après leur apparition, les appareils transistorisés ont été qualifiés de solid state c’est-à-dire "à l'état solide" en français. Un plaisantin a proposé que, puisque les tubes sont creux, on parle d’électronique à l'état creux. Ça m’a plu, j'ai gardé ça comme titre de ma chronique mensuelle dans audioXpress, ainsi que pour le titre de mon livre.

Elektor : Comment définissez-vous le son des tubes ? Mythe ou réalité ?

Honeycutt : La question est trop complexe pour un entretien comme celui-ci. Elle occupe de nombreuses pages du livre. Contentons-nous ici des mots de feu Ed Dell (fondateur de Audio Amateur Publications, le grand-père d'audioXpress) : « Certains disent qu'ils entendent la différence entre appareils à semi-conducteurs et à tubes. Je les crois, car la perception est la réalité. La question de savoir si ce qu'ils entendent peut être perçu - par d'autres personnes - ou mesuré objectivement, c’est une autre histoire ».

Elektor : Beaucoup affirment que les tubes sonnent mieux. Êtes-vous d'accord ?

Honeycutt : Les amplis de guitare à tubes me semblent plus efficaces, et cela est dû à la signature de distorsion différente des tubes par rapport aux modèles à semi-conducteurs. Pour les amplis de basse électrique et les amplis stéréo ou de sono, je préfère les appareils à semi-conducteurs bien conçus. Les premiers amplis de puissance audio à semi-conducteurs ne sonnaient pas aussi bien que ceux d’aujourd'hui, et il y a des raisons techniques spécifiques à cela. Je pense que l'enthousiasme actuel pour les amplis à tubes provient en grande partie de cette période (les années 1960). C’est une tendance humaine de ne pas remettre en question ce que "tout le monde sait".

Elektor : À qui profitera la lecture de votre livre, The State of Hollow State Audio ?

Honeycutt : Toute personne désireuse de comprendre l'électronique sous vide, que ce soit le concepteur, le constructeur, le moddeur (qui modifie les amplis conçus par d’autres), l’utilisateur, l’étudiant ou l’historien.
 
The State of Hollow State Audio
Elektor : En travaillant sur ce livre, avez-vous appris quelque chose de nouveau ou de surprenant ?
 
Honeycutt : J'ai appris beaucoup sur les microphones à condensateur à tubes – anciens et nouveaux, et sur les simplifications excessives, du genre « tous les circuits à triodes produisent des harmoniques d'ordre pair, tandis que les pentodes produisent des harmoniques impaires. »

Elektor : Que pensez-vous de l'avenir des tubes dans 15 ou 20 ans ?

Honeycutt : Prédire, c'est du chiqué ! Il y a 15 ou 20 ans, on n’entendait que le glas des tubes à vide. Or, on dirait qu’il s’en vend plus aujourd'hui qu'à l'époque. […]
Dans ma boule de cristal (assez trouble), j’entrevois le même pourcentage d’électronique sous vide pour l'audio haut de gamme dans 15 ou 20 ans qu'aujourd'hui. Beaucoup de musiciens préfèrent les amplis de guitare à lampes, en dépit des progrès constants dans la modélisation numérique du son des amplis à lampe classiques.  Le marché des amplis classiques McIntosh, Altec et Western Electric sera toujours actif, et l'électronique à semi-conducteurs dominera toujours l’audio grand public. Nous verrons bien !

Elektor : Avez-vous commencé par votre amour de l'audio ou par votre passion pour l'électronique ?

Honeycutt : Je suis tombé amoureux de l'électronique l'année où j'ai appris à jouer de la guitare, mais j'écoutais déjà depuis des années les 78 tours de Chopin et de Sousa enregistrés par mon père. Ces disques étaient lus sur un radio-phonographe Arvin de la fin des années 1940, avec une cartouche à cristal. Poids : 0,5 gr. (Ou étaient-ce des onces ?)

Elektor : Vous êtes licencié en physique. Pourquoi avez-vous choisi l'électroacoustique pour votre doctorat ?

Honeycutt : Mon intérêt pour l'acoustique s'est développé dès le lycée, quand j'ai conçu et construit mon premier ensemble de haut-parleurs pour la maison. Plus tard, j'ai construit deux microphones (horribles) que mon groupe de rock utilisait. L'électroacoustique m’a envoûté. J'ai rejoint l'Audio Engineering Society en 1976, et Paul Klipsch a été l'un des deux ingénieurs qui ont rédigé les recommandations requises. Mon envoûtement n’a fait qu’augmenter au fil de mes lectures et de mon étude du travail de Paul. Lorsque je suis entré à l'université en 1997, l'électroacoustique était ma passion, et le premier membre du corps professoral de mon comité de doctorat nous a souvent exhortés à suivre nos passions !

Elektor : Quel était le sujet de votre thèse de doctorat ?

Honeycutt : Mes recherches d’un moyen de construire des haut-parleurs à pavillon un peu plus petits qu'ils ne le sont habituellement, tout en préservant une bonne réponse dans le grave. La première enceinte pour l’extrême grave (subwoofer) à pavillon replié que j'ai construite en utilisant le principe que j'ai étudié est toujours en usage dans mon salon. Sa réponse est parfaitement plate jusqu'à 30 Hz. Depuis la fin de ma thèse, j'ai affiné ma compréhension du fonctionnement de ce nouveau concept, sans en publier de révision.

Elektor : Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

Honeycutt : Je travaille comme consultant en acoustique et écrivain, mais moins qu’autrefois ! La photo montre une salle de réunion dont j'ai conçu l'acoustique et les systèmes audio et vidéo. Je fais de la conception acoustique pour des auditoriums, des gymnases et des cafétérias d'écoles, des salles de répétition de musique et des cinémas. 
 
 
Honeycutt assure la conception acoustique
d'auditoriums, de cinémas, etc.
Elektor : On peut acheter des écouteurs à la station-service et des millions de personnes écoutent de la musique diffusée par leur téléphone. Une bonne acoustique est-elle encore d’actualité ?

Honeycutt : Une bonne acoustique, c'est important ! Demandez à toute personne malentendante. Elles vous parleront de leur difficulté à comprendre la parole ou à apprécier la musique dans des salles trop réverbérantes, des restaurants bruyants. Même les meilleurs écouteurs ne peuvent rivaliser avec l'expérience d'un concert en direct (quel que soit le type de musique) dans un cadre acoustique bien conçu. Les haut-parleurs pour téléphones sont certes épatants pour leur taille, leur son reste pathétique par rapport à un concert en direct, ou comparé à un enregistrement diffusé par un ensemble d'excellents haut-parleurs dans une salle d'écoute à l’acoustique soignée.[…]