Fin de journée dans un atelier de contrôle. Penchée sur un bac de cylindres de serrure fraîchement galvanisés, une contrôleuse fait pivoter une pièce sous la lampe, puis une autre, puis une centaine d’autres. Les reflets dansent, les yeux fatiguent, et cette minuscule rayure, l’aurait-elle vue ce matin ? C’est pour ce type de tâche ingrate que l’entreprise autrichienne Danube Dynamics a conçu, avec le fabricant de systèmes de contrôle d’accès EVVA, un banc d’inspection assisté par intelligence artificielle, bâti autour d’une caméra industrielle d’IDS Imaging Development Systems.

Le casse-tête des surfaces miroir

Pourquoi est-ce si compliqué ? Parce que le métal brillant renvoie la lumière et cache justement ce que l’on cherche. Chez EVVA, cylindres de serrure, barillets et pièces de précision usinées ou galvanisées doivent répondre à des exigences de qualité strictes. Les défauts traqués vont des rayures de moins de 0,1 mm aux défauts de galvanisation, souvent à peine perceptibles à l’œil nu.
Pour bien juger une pièce, il faut souvent l’observer sous plusieurs angles. Difficile, dans ces conditions, de garder un niveau de contrôle constant au fil des heures. D’où la recherche d’une solution fiable, capable d’épauler les opérateurs et de s’intégrer durablement à la production.

Une boîte noire pleine de lumière

Le principe est élégant : jusqu’à 126 composants sont rangés dans une Eurobox de 400 × 300 mm, puis inspectés d’un seul coup. Le tout se passe dans un caisson fermé, à l’abri des lumières parasites. À l’intérieur, quatre barres RGBW pilotables individuellement jouent sur les couleurs et les angles d’éclairage pour faire ressortir chaque type de défaut.
Edwin Schweiger, cofondateur et COO de Danube Dynamics, le résume ainsi : c’est l’interaction entre l’éclairage, la capture d’images haute résolution et l’évaluation par IA qui rend ce contrôle à la fois robuste et maîtrisable.

Vingt mégapixels pour traquer le moindre défaut

L’œil du système est une caméra monochrome IDS uEye U3-36P0XCP-M-GL Rev. 1.2. Elle utilise le capteur AR2020 d’onsemi de 19,80 mégapixels, au format 1/1,8 pouce, qui délivre une image 5K UHD de 5 136 × 3 856 pixels. Un objectif IDS de 8,5 mm de focale complète le tableau, et la caméra embrasse toute l’Eurobox en une seule image.
Mais la résolution ne fait pas tout : ce qui compte, c’est d’obtenir des résultats reproductibles sous un éclairage constant. La version monochrome aide en offrant des contrastes bien marqués. Jürgen Hejna, responsable des caméras 2D chez IDS, rappelle qu’avec des surfaces très réfléchissantes, restituer de façon stable les différences les plus fines est essentiel. Bonus pour Danube Dynamics : une interface standard qui a simplifié l’intégration.

Des secondes gagnées et des défauts enfin tracés

Le résultat a sauté aux yeux dès la première mise en service : l’IA a repéré des écarts qui avaient échappé à des professionnels expérimentés. Le contrôle d’une Eurobox, qui demandait plus de 30 secondes à la main, prend désormais moins de cinq secondes. Quatre scénarios d’éclairage produisent quatre images par pièce, et l’inférence ne prend qu’une dizaine de millisecondes par cylindre.
Le contrôle humain n’est pas remplacé pour autant : il est épaulé, comme l’aurait été notre contrôleuse de fin de journée. Les résultats sont archivés et analysés, les rebuts deviennent traçables, et EVVA peut réentraîner lui-même l’IA pour de nouvelles pièces ou de nouveaux défauts, sans toucher à l’architecture du système.

Vous avez déjà tenté de photographier une pièce chromée sans y voir votre propre reflet ? Ce projet montre qu’avec le bon éclairage, une caméra bien choisie et un peu d’IA, même les surfaces les plus capricieuses finissent par livrer leurs secrets.

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