Jan Buiting

L'art de la restauration électronique

27 mai 2016, 07:00
Mon outil de réparation préféré : l'oscilloscope
Mon outil de réparation préféré : l'oscilloscope
Il y a quelques semaines, dans un édito non traduit en français, j'avais vanté la Widlarization des composants douteux, ces fonds de tiroir que l'on est tenté de remettre en circuit sans se poser de questions sur leur état. Ça peut être une de ces loupiotes en verre, genre 6 V, avec un numéro de référence à 10 chiffres au moins et dont le culot ne correspond à rien de connu — peu importe, on y soude les fils directement et basta. Mais sa tension de service est-elle bien de 6 V ?
Ou ce bon vieux 555 : « c'est du National Semiconductor, il doit encore être bon ». Ho, pas trop vite... ce serait pas un 7 là devant le 5 ? Et ça ne serait pas par hasard le CI qui justement avait chauffé la dernière fois que vous l'avez eu en main ?

Si vous êtes doué pour créer vos circuits, vous avez peut-être encore un autre talent caché, qui ne demande qu’à s’exprimer. La mise au point d’un circuit à partir de zéro est un processus ininterrompu d’élimination d’erreurs et d’élaboration progressive ; elle culmine quand le résultat est pleinement opérationnel. Dans un registre analogue, l’art du dépannage et de la restauration a aussi sa noblesse. Je ne parle pas ici de réparer la bouilloire électrique de la voisine, non, plutôt de la remise en parfait état de marche d'un appareil prestigieux qui est aussi un joyau technique, mais que nous n'auriez pas eu les moyens de vous payer à l'état neuf. Tout autant que la mise au point d'une carte comme la nouvelle Elektor Uno R4, la restauration d'une antiquité électronique exige de l'ingéniosité, de la patience, de la dextérité technique mais aussi un doigté humain et social, des tours de main, une appréciation des risques, de l'abnégation et enfin une bonne dose de chance. Pour vous soutenir dans cette aventure, les aides à la restauration ne manquent pas : Google, eBay, BAMA, les piliers de forum, Dave Jones…

Plus besoin de faire les poubelles pour mettre la main sur du matos qui, dix ans avant, à l'apogée de sa gloire, valait encore une fortune, mais n'apparait plus aujourd'hui que dans les listes d'appareils mis à la casse par l'intendance. Comme tout l'appareillage audio, les multimètres, les alimentations et les oscilloscopes estampillés analogique, plus leur couche de poussière est épaisse, plus ils paraissent compliqués et « dangereux » et plus ils sont stockés près du local à poubelles, plus le directeur financier sera enclin à vous les céder — naaan, à vous les offrir. J'ai dit dangereux, mais la cause de la « panne » de ces appareils n'est souvent qu'anodine. En tout cas, une bagatelle si on la compare au coup de grâce que serait l'atterrissage brutal au fond de la benne, fût-elle arrondie.

Le directeur financier d'Elektor et mes collègues commerciaux vont me détester, mais je soutiens que la satisfaction et l'enrichissement d'une restauration n'ont rien à envier à ce que procure l'acquisition d'un nouvel appareil. Je situe le gain de satisfaction d'une réparation largement à 6 dB au-dessus de celui d'un achat. Si vous êtes de mon avis, je vous invite à témoigner. Racontez ci-dessous le sauvetage et la résurrection de l'appareil qui, grâce à vous, a retrouvé sur votre paillasse une place et sa dignité.
 
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