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Sévices secrets

2 janvier 2014, 00:00
Sévices secrets
Sévices secrets

À ma propre surprise, je viens de passer une heure à suivre de bout en bout la conférence de l'activiste et enquêteur indépendant Jacob Appelbaum, donnée dans le cadre du Chaos Communications Congress à Hambourg. Et je voudrais vous conseiller d'en faire autant. Appelbaum cosigne d'ailleurs un article paru lundi 30 décembre dans l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, qui propose un tour d'horizon des techniques de surveillance électronique. Ce qui est étonnant, à première vue, c'est l'impression de familiarité que ces informations inspirent à l'auditeur un tant soit peu familier des techniques de communication électronique. Un point sur lequel le conférencier joue d'ailleurs très habilement, en interpellant son auditoire (« Vous êtes blasés ? ») pour mieux relancer son attention.

 

Même si on n'est pas grand lecteur de science-fiction (J. Appelbaum évoque les ouvrages de Philip K. Dick), on a le souvenir d'avoir déjà entendu parler de ces techniques de surveillance passive ou active. Le matériel présenté n'est pas non plus très récent ; certains des documents datent de 2007, il y a fort à parier que les techniques d'intrusion, notamment par l'injection de paquets de données encapsulées, ont progressé depuis - les techniques d'occultation aussi. C'est d'ailleurs surtout à la faveur de fuites que de telles informations finissent par être révélées. Parfois ce sont aussi des bourdes, comme celle que raconte Appelbaum : des visiteurs de l'ambassade d'Équateur à Londres, où est réfugié Julian Assange, ont été surpris de recevoir des messages de bienvenue d'une compagnie de téléphone... ougandaise. Ceux-ci provenaient, pense l'enquêteur, d'un intercepteur de téléphonie mobile, installé sur le toit de l'ambassade, et qui se faisait passer pour un relais ordinaire du réseau cellulaire. Le conférencier soupçonne les services secrets d'avoir oublié de reformater l'appareillage, utilisé auparavant lors d'une opération en Ouganda. 

L'intérêt de cette présentation réside donc moins dans les informations techniques que dans les arguments de citoyen américain de M. Appelbaum. Il interpelle aussi bien les autorités de son pays que l'industrie étatsunienne des communications, comme Cisco, Microsoft ou Apple, sur leur position face à ce qu'il appelle une militarisation de l'internet : « Êtes-vous victimes ou collaborateurs ? » Les réponses ne se font pas attendre : Cisco a réagi moins de 24 heures après la publication de l'article. Le débat prend une ampleur nouvelle.


Si la compréhension de l'anglais vous empêche de suivre les propos, essayez le service de transcription proposé par YouTube. Il n'est pas parfait mais très utile.

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