Dans cette édition consacrée au test et à la mesure, quelques ingénieurs et électroniciens partagent quelques méthodes de mesure pratiques qui font gagner du temps et évitent des conclusions erronées, ce qu’ils vérifient d’abord, ce qu’ils remettent en question, et les pièges qu’ils rencontrent régulièrement dans la pratique.

Sebastian Westerhold (Baltic Lab) - Allemagne

Les normes d’abord : évitez les mauvaises pratiques de mesure

Lisez les normes applicables à la mesure que vous réalisez. Compter sur des « collègues expérimentés » ou simplement continuer comme on l’a toujours fait est un moyen onduit très souvent à l’erreur. Les normes évoluent, et des pratiques autrefois acceptées, ou simplement devenues courantes dans une communauté, ne restent pas automatiquement conformes. Le fait qu’une pratique soit largement adoptée ne signifie pas qu’elle respecte les normes.

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Sebastian Westerhold: https://youtube.com/@BalticLab

Un bon exemple est la mesure des émissions indésirables, comme les harmoniques, des émetteurs radioamateurs dans l’UE. Malgré la quantité d’articles et de vidéos sur ce sujet, il est étonnamment difficile d’en trouver un qui applique réellement les normes pertinentes correctement. Cela ne vient pas d’un manque de compétence, mais du fait de reprendre les pratiques des autres au lieu de lire la norme applicable (ETSI EN 301 783-1).

Si l’objectif est d’obtenir des mesures pertinentes et solides, rien ne remplace la lecture attentive et répétée des normes applicables.


Pieter De Villiers (Directeur, Teralec) - Afrique du Sud

Test d’isolement des moteurs: pourquoi un « test Megger » ne suffit pas

Un problème fréquent dans les tests de moteurs n’est pas le testeur d’isolement lui-même, mais la façon dont il est utilisé. Ces instruments sont souvent appelés « Meggers », mais ce terme est en réalité une marque ; le terme générique correct est « testeur de résistance d’isolement ». On les utilise couramment pour vérifier l’isolement des moteurs, entre autres.
 

Sur le terrain, une routine typique consiste à tester chaque phase à la terre puis conclure que « le moteur est en bon état ». Au mieux, cette conclusion est incomplète. Le test peut être réalisé de manière plus approfondie, et la résistance d’isolement n’est qu’un élément d’une diagnostic correct d’un moteur.

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Pieter De Villiers: https://teralec.co.za

Une approche plus instructive consiste à retirer les liaisons triangle/étoile et tester chaque enroulement à la terre, puis tester aussi entre enroulements. Cela vérifie l’intégrité de l’isolement vers la terre et aide aide à repérer des courants de fuite entre deux enroulements.
 

Même ainsi, les essais de résistance d’isolement ont des limites. Ils ne peuvent pas confirmer que les enroulements sont physiquement intacts, ni détecter de manière fiable des spires en court-circuit (où quelques bobines d’un enroulement se mettent en court-circuit).


Adam Mulligan-Wilson (Adam’s Vintage Computer Restorations) - Royaume-Uni

Un débogage méthodique plutôt que des suppositions

Je teste et débogue beaucoup de prototypes électroniques dans mon travail, et même si l’on s’efforce de vérifier soigneusement les nouveaux schémas, quelque chose finit souvent par échapper à la revue : une fiche technique mal interprétée, un réseau de filtrage qu’on a oublié de simuler, ou cette inversion TX/RX agaçante sur un circuit émetteur-récepteur. Je conseille de commencer par lister les symptômes et les causes plausibles, puis de travailler méthodiquement pour isoler le problème. Gardez les choses simples et éliminez les variables dès que possible, car chaque élément supplémentaire complique fortement le diagnostic.

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Adam Mulligan-Wilson: https://retrorepairsandrefurbs.com

S’il s’agit d’un défaut intermittent, essayez de reproduire les conditions où il apparaît et identifiez quelle variable le déclenche. Soupçonnez tout, surtout ce que vous n’avez pas encore envisagé : même des facteurs triviaux « aléatoires » peuvent provoquer de vrais problèmes dans certaines circonstances. Un équipement adéquat facilite ce travail : sondes, multimètre et oscilloscope. Ils n’ont pas besoin d’être coûteux, seulement fiables et adaptés à la tâche.


Kevin Hubbard (Author, Mastering FPGA Chip Design) - États-Unis d’Amérique

Choisir un oscilloscope avec de la marge

Acheter un oscilloscope devrait ressembler à l’achat de sa première maison: dépasser un peu le budget et choisir plus que ce dont on a besoin aujourd’hui. Cet oscilloscope 2 voies à 50 MHz de bande passante peut suffire pour vos problèmes actuels, mais il aidera peu lorsque vous chercherez à résoudre des problèmes d’intégrité de signal SPI demain, ou lorsque vous chercherez à comprendre pourquoi un design « fonctionnel » présente parfois des dysfonctionnements en pratiques.

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Kevin Hubbard: https://blackmesalabs.wordpress.com

Prévoyez de la marge en bande passante, taux d’échantillonnage, profondeur mémoire et nombre de voies, car le débogage réel ne se limite pas à deux tracés. Vous voudrez observer alimentation, horloge, données et ligne d'activation simultanément, déclencher de façon fiable sur un événement rare et agrandir l’affichage sans que la forme d’onde devienne illisible. Un oscilloscope évolutif accélère le dépannage, rend vos conclusions plus solides et reste utile longtemps après le premier projet.


Eddie Aho (KISS Analog) - États-Unis d’Amérique

Commencez par valider votre mesure

La manière la plus rapide d’améliorer ses mesures est de considérer le montage de mesure comme une partie du circuit. La plupart des glitches « mystérieux » sont dus à la mesure elle-même : fils de masse agissant comme antennes, capacité de la sonde chargeant un nœud à forte impédance, ou fil d’alimentation qui devient en pratique une inductance aux fréquences concernées. Commencez par les bases : utilisez des masses très courtes (ressort de masse si possible), minimisez la surface de boucle et vérifiez toujours bande passante, l’atténuation et compensation de la sonde avant de tirer des conclusions d’une forme d’onde. Si le signal est faible ou rapide, cessez d’utiliser un fil crocodile de 10 cm puis de vous demander pourquoi la courbe se met à osciller.

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Eddie Aho: https://youtube.com/c/kissanalog

Deuxième conseil: vérifiez toujours avec au moins un autre moyen de vérification. Si vous voyez du « bruit », changez une variable à la fois : sonde différente, limite de bande passante différente, échelle verticale différente, point de masse différent, base de temps différente, instrument différent. Utilisez les fonctions math et FFT de l’oscilloscope, mais ne leur accordez pas une confiance aveugle : vérifiez avec une source connue et gardez à l’esprit que l’étage d’entrée a ses limites. Et n’oubliez pas l’outil de diagnostic le plus simple : mesurez le même nœud avec le circuit éteint, entrées court-circuitées ou avec une charge fictive. Si le problème subsiste après ces changements, il est peut-être réel. S’il disparaît, félicitations : vous venez de valider votre mesure.


Note de la rédaction : Cet article est paru dans le numéro de mai/juin 2026 du magazine Elektor.

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