Denis Meyer

Un seul ion perturbe un million de molécules d'eau

11 avril 2016, 11:21
Un seul ion perturbe un million de molécules d'eau
Un seul ion perturbe un million de molécules d'eau
L’eau, c’est simple comme H2O et basta ! Eh bien non, le comportement collectif de ces trois atomes est au contraire stupéfiant. Les liaisons hydrogène qui se défont plusieurs milliers de milliards de fois par seconde entre les molécules d’eau lui confèrent des propriétés inhabituelles.
Le Laboratoire de biophotonique fondamentale de l’EPFL, dirigé par Sylvie Roke, a pu observer avec précision l'influence des ions sur la structure de l’eau, puis démontrer que chaque ion avait de l'influence — faible mais mesurable — sur des millions de molécules d'eau, soit 10.000 fois plus que l'on ne pensait. Un ion peut « tordre » les liaisons de plusieurs millions de molécules d'eau sur une distance de plus de 20 nm, conférant ainsi au liquide une consistance plus « rigide ».
Les molécules d'eau sont composées d'un atome d'oxygène chargé négativement, et de deux atomes d'hydrogène chargés positivement. La molécule n'a donc pas la même charge en son centre qu'à ses extrémités. Lorsqu'un ion arrive au contact de l'eau, le réseau des liaisons hydrogène est perturbé. Cette perturbation s'étend à des millions de molécules environnantes, et les pousse à s'aligner, comme si le réseau de liaisons entre molécules se « solidifiait ».

Les chercheurs ont effectué, entre autres, une mesure de la structure et de la tension à la surface de l'eau. « Nous avons plongé une plaque fine de métal dans l'eau, et tiré avec un tensiomètre pour voir la résistance de l'eau », explique Sylvie Roke. « Nous avons remarqué que la présence de quelques ions rendait la sortie de l'eau un peu plus facile. Observé en 1941, cet effet étrange n'avait jamais été expliqué. On sait maintenant qu'il est lié au comportement des liaisons hydrogène en présence des ions. La solidification du réseau des liaisons hydrogène rend la surface plus flexible ».
« Notre recherche n'a rien à voir avec la mémoire de l'eau, ni avec l'homéopathie », assure Sylvie Roke. À titre d'exemple, il faudrait mesurer une influence sur un autre million de milliards de milliards de molécules pour s'approcher des théories liées à l'homéopathie. Et même si c'était le cas, ce ne serait pas une preuve suffisante. »
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